Sacré Jeannot !
Hier, l’appel téléphonique de ta maman - le dernier petit tour - et comme dans la chanson, tu t’en vas.
Départ digne, très digne, comme tu le fus tout au long de ta maladie.
Et comme pour un dernier pied de nez à la vie qui te quitte, tu pars dans les bras de ton infirmière qui venait te faire une beauté.
Sacré Jeannot !
«Trompe la mort», ainsi te nommait tes frères ! Mais à la veille de Pâques les Parques ont décidé de rompre le fil qu’elles tissaient.
Trompe la mort !
Depuis toujours, souviens-toi.
A ta naissance tu as eu l’idée saugrenue de te prendre le cou dans le cordon qui te donnait la vie. Tu t’en es sorti.
Sacré Jeannot !
Est-cela qui ta empêché de parler pendant deux ans, au grand désespoir de tes parents, jusqu’au jour, où âgé à peine de deux ans, tu
as embrassé ta maman un soir aux États-Unis en lui envoyant un retentissant «good nigth mamy» que tu avais du capté dans une
émission à la télévision.
Tes premiers mots furent en anglais !
Soulagement des parents !
Sacré Jeannot !
Plus tard une chute malencontreuse dans une bouche d’égout ta valu un mois d’hôpital dans un bien mauvais état.
Grande inquiétude parentale.
Enfin, antibiotiques et jus de carotte à haute dose t’ont sorti d’affaire.
Sacré Jeannot !
Tu te souviens aussi de ce spectaculaire accident avec ton Range Rover (sur un circuit d’auto-cross) qui s’est retourné, la portière
mal fermée a permis ton éjection, t’évitant ainsi d’être écrasé sous ton véhicule.
Sacré Jeannot !
Il ne faut pas oublier non plus cet accident de moto où ta machine est passée sous les roues d’un camion et t’éjectant sur le bas
côté.
Une chance inouïe. Pourtant, suite à un rêve prémonitoire, ta maman t’avait demandé de ne surtout pas prendre ta moto ce matin-
là.
Sacré Jeannot !
C’est ce que nous savons. Mais tes frères ont en réserve quelques anecdotes dont je sais qu’un jour ou l’autre nous auront
connaissance au cours d’une discussion familiale animée.
Je parlais à l’instant de ta remarquable mémoire auditive. On s’est fait sérieusement piéger en pensant que tu savais lire très jeune.
Faux ! Tu retenais le texte lu à l’école par cœur et en rentrant le soir tu faisais juste semblant de lire. Toutefois, sois sans craintes,
tu a bien fini par lire comme tout le monde.
Sacré Jeannot !
Il te suffisait d’écouter une chanson une fois pour la retenir parfaitement. (Héritage maternel). Ajoute à cela le désir constant de
briller. Tu te souviens bien sûr d’une soirée mémorable d’hiver où tu t’es produit sur scène au «Club Med» avec une imitation de
Claude François qui t’a valu une ovation du public. Cabotin en plus !
Sacré Jeannot !
Te souviens-tu de tes imitations de personnages de film comme celle de Jean Carmet dans « La Vouivre » dont du te rappelais
parfaitement des scènes complètes, ou bien de Louis de Funes, de François Mitterand, et de tant d’autres qui nous faisaient rire aux
éclats dans les réunions de famille.
Et comment oublier, mon cher Jean, ton amour de la guitare dont tu jouais si bien ! Ali Di Meola était ta référence. Tu as même,
avec ton culot habituel, réussit à ce qu’il te signe une de tes guitares après que tu ais exécuté une de ses œuvres dans sa loge où il
t’avait reçu.
Sacré Jeannot !
J’allais oublier de parler de ski. Je sais que tu te souviens de cette scène mémorable, où à trois ans à peine sur tes petits skis, tu
dévalais bien calé entre mes jambes, une petite pente qui a du te paraitre bien raide, hurlant de joie, faisant se retourner les skieurs
avoisinants.
Excellent début pour le skieur intrépide que tu devins.
Sacré Jeannot !
J’ai comme cela d’innombrables souvenirs dans la besace de ma mémoire. Souvenirs vifs, intacts, parfois douloureux, tant ils sont
présents
Alors arrêtons ici momentanément.
Sacré Jeannot !
Je ne te quitterais pas sans que nous n’évoquions tes très nombreux succès féminins ! A rendre don Juan lui-même jaloux !
Mais voilà l’une de tes multiples conquêtes t’a laissé un cadeau mortel au sortir de ses bras. Le VIH !
Ta force vitale exceptionnelle t’as permis de lutter avec un courage remarquable. Puis un jour de nouvelles techniques
thérapeutiques sont apparues, mais déjà bien tard pour toi. Tous les autres malades de cette époque ont disparus, tu es bien celui
que tes frères surnommaient «trompe la mort» !
Sacré Jeannot !
Après vingt-cinq ans de combat les Parques n’ont plus eu la force de tisser le fil de ta vie.
Pourtant tu y avais mis du tien, avec une remarquable dignité, soutenu par tous, tout particulièrement par ta maman qui t’a aidé ,
porté, soutenu à chaque instant, et cela pendant vingt cinq ans !
Pourtant elle n’a pas pu aider les Parques plus longtemps à maintenir le fil de ta vie.
Alors mon Jeannot, rendons lui hommage.
Elle t’a mis au monde, tenue la main toute ta vie, soutenue sans défaillance, et accompagné à ta dernière demeure à Saâcy, dans le
caveau de famille. Ce n’est pas l’ordre logique des choses, mais c’est ainsi.
Je sais que tu l’embrasse avec tout ton amour et nous aussi t’embrassons très fort pour une dernière fois.
Sacré Jeannot !
Au fait, j’allais oublier, puisque tu as rejoint ta grand-mère, n’oublie pas de lui jouer un petit air de guitare de temps à autre et de
lui chanter une petite chanson pas trop «hard» !
Pour un petit d’air de guitare cliquez sur l’instrument.
Olivier a eu la gentillesse de fournir deux vidéos résumant bien l’image que Jean à laissé.
Sur l’une, tournée en 2005 à Lamoura lors d’un joyeux séjour dans l’ancienne colonie de vacances où les enfants et petits enfants
Cochet ont trainé leurs espadrilles l’été et leurs chaussures de ski l’hiver, l’autre chez Olivier où avec son cousin Adrien ils rendent
hommage à Jean en chantant du Renaud.
Vous l’avez compris : Jean adorait chanter (avec un faible pour Renaud) et raconter des histoires en jouant sur son talent
d’imitateur.
Régalez-vous en cliquant sur les boutons ci-dessous !